Ils ont gagné une bonne bière fraîche à Ouarzazate en avril prochain.
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Pour mon 1er MDS mes objectifs étaient
doubles:
1. Terminer
2. En bon état
Contrat rempliDans les 10 jours qui viennent de suivre le MDS j'ai déjà recouru à 4 reprises pour une cinquantaine de km alors que beaucoup soignent encore leurs pieds, leurs
courbatures, ou pire encore... sont écoeurés de la course à pied!
Mon temps et le classement dans le 1er quart sont des bonus dus à la régularité de mes étapes. De bonne augure ... pour l'an prochain!
Général : 230ème / 810 partants
75ème français
les 201 km en 30h49’30
moyenne 6,56 km/h
37 abandons
Etape 1 : 229ème les 33
km en 4h23’40 moyenne 7,51 km/h 2 abandons
Etape 2 : 245ème les 35 km en 5h04’40 moyenne 7,09 km/h 7 abandons
Vendredi 3 avril 2009 - Etape 4 -
Aferdou Nsooualhine/Tizin Ighrs : 42,2 km
température à 9h45 : 21,4 degrés et 29,6% d'hygrométrie
température à 12h00 : 29 degrés et 16,5% d'hygrométrie
Benazzi au départ
Cela fait 3 mois
que je l'ai disputée cette étape... Déjà!
Mais j'ai choisi de remplacer "ça fait 3 mois que c'est terminé..." par "moins de 10 mois avant de remettre ça!". Si l'on pouvait penser comme ça tous les jours, se dire que tout est
un début, jamais une fin... La pensée positive est un élément essentiel dans la vie comme dans la course de fond: se dire "...il n'y a plus que..." et non "...je n'ai fait que..."
En réalité j'ai beaucoup plus réfléchi à la raison qui m'empêchait de prendre le temps de raconter cette étape qu'à essayer de l'écrire...
Y-aurait-il une raison d'ordre psy Docteur Véro?
Cette 4ème étape, elle clôturait la course.
Tout comme son récit.
Elle marquait le fin d'une belle aventure.
Et après?... Mon blog, le bien nommé "Ma préparation au MDS 2009" n'avait plus raison d'être... Le blanc, le vide, le néant...
Ne pas écrire ce 4ème volet (ou le perdre...) c'était sans doute refuser le retour et garder un pied là bas. C'était laisser une porte ouverte à autre chose sur le blog...
Alors ce soir vendredi 29 juin je me fais violence et je me lance.
Pour commencer, certains doivent se demander à quoi correspond ce taux d'hygrométrie qui apparaît au début de chaque résumé d'étape. A croire qu'il est aussi important que la température...
Et bien oui, d'une certaine façon, car il influe directement sur la sensation de chaleur. Je m'explique:
Les humains (et les animaux à sang chaud) contrôlent la température de leur corps avec leur transpiration. Quand ils ont trop chaud, l'évaporation de la sueur entraîne un refroidissement ce
qui rafraîchit la peau. L'humidité de l'air ambiant va influer l'évaporation de la sueur, et donc sur le refroidissement du corps. Un taux d'humidité trop faible va accroître le
refroidissement et amplifier la sensation de froid, tandis qu'un taux d'humidité trop important va limiter le refroidissement et donc amplifier la sensation de chaleur.
Voilà pourquoi cette dernière étape courrue à moins de 30° s'est avérée bouillante... Le taux d'hygrométrie ne permettant pas une bonne évaporation.
La "Longue" a fait des dégats. Les pieds, les corps parfois, sont en très mauvais état. Mais un bon moral a l'air de planer au dessus du peloton. Il ne reste que 42km, et c'est une
distance que beaucoup connaissent. Juste un marathon. Les coureurs arrivent peu à peu sur la ligne de départ. La bonne humeur, comme d'habitude, est là.
Le départ est donné. Le rythme est plus soutenu que lors des précédents départs.
Très rapidement nous entamons la 1ère ascension. Le peloton est en file "indienne", une fourmilière géante se dessine et cela fait seulement 3 km que nous sommes partis. Les écarts ne sont pas
encore là.
Un second djebel arrive un peu après. Nous nous demandons alors à quelle sauce cette étape va nous manger... Les descentes sont dangereuses, les cailloux deviennent des rochers
et chaque pas est réfléchi...
Petit plaisir perso: Collants noir et casquettes
blanches, stephane est derrière moi pour la 1ère fois depuis le départ du MDS... Sa sagesse durera quelques minutes encore.
Le parcours est valloné, infini, lumineux, simplement superbe...
Comment ne pas s'arrêter à l'un de ces sommets, ou aux deux d'ailleurs, pour prendre un cliché? Il ne devait y avoir que les 3 premiers du général pour ne pas s'attarder à cela...
Un petit hommage à mon ami karim qui boucle son MDS tranquillement.
Après une dernière grimpette le sommet propose une vue exceptionnelle... L'arrivée est au bout d'une longue ligne droite de 3 ou 4 km? On ne sait plus, le cerveau ne calcule
plus en kilomètre depuis bien longtemps. On me demande souvent s'il y a des indications métriques au sol sur les étapes au MDS. La réponse est non, hormis les repères sur le road-book
qu'il faut décripter, et c'est bien mieux ainsi! Seuls Ceux qui ont emmené une montre gps sont capables de déterminer précisemment leur avançée. Les gps passent! les téléphones
portables parfois aussi... Je sais c'est étonnant mais c'est du vécu sur les 2 premières étapes. D'ailleurs j'ai fait vivre en live à Heïdi le décompte du départ lors de la 1ère
en l'appelant au beau milieu d'un no man's land...
Nous nous lançons dans une descente assez technique, mais qu'importe, il est trop tard pour réfléchir à la
position de ses pieds sur les cailloux.
Je préfère laisser mes 5 compères et prend quelques centaines de mètres d'avance. Pour la 1ère fois depuis le départ de ce Marathon des Sables je n'arriverai pas dans la même seconde
qu'eux... Je décide de les laisser partager ce moment qu'ils préparent depuis maintenant 2 ans... Cette minute prise sur eux me permettra de vivre leur arrivée, un joli moment, mains dans
la main, toujours en chantant...
Quand à mon arrivée, juste avant, elle aura été bizarre... Aspiré par la ligne, accueilli par Patrick Bauer, j'aurai droit à son accolade, le temps de lui dire que parfois, durant mon
entrainement pendant ces mois de préparation, il m'était arrivé de pleurer en imaginant mon arrivée à ce MDS... Et là, rien, moi qui suit un as de l'émotion, nada...
Après 5h10' de course, les 42,2km avalés, je cherche Heïdi, censée être à mon arrivée. Personne.
Etape 3 - Erg Znaïgui/Aferdou Nsooualhine : 91 km
Cliquez pour voir toutes les photos de la 3eme-etape sur ce blog
Mercredi 1er avril 2009
température à 9h00 : 20 degrés et 36% d'hygrométrie
température à 13h00 : 29 degrés et 29% d'hygrométrie
13 abandons à 12h00
Jeudi 2 avril 2009
température à 9h30 : 31 degrés et 31%
d'hygrométrie
température à 12h00 : 29 degrés et 24,7% d'hygrométrie
33 abandons à
9h30
Cliquez sur le lien ci-dessous pour le:
RESUME de la 3ème ETAPE SUR TV5 MONDE... de belles images
Je me lève en criant "on est le 1er avril!!!"
Alors ces 91 km... poisson d'avril?
Le bivouac se réveille lentement. Sans agitation. Bien au contraire.
Ce n’est pas une légende, Bachir et son équipe d’hommes en bleu arrivent en criant et démontent une par une les toiles berbères. Véritable cérémonial du MDS, ils nous dépouillent de notre toit en quelques secondes…
A la tente d’à côté j’aperçois Brahim. Il est venu participer à son 1er MDS avec Valérie, son épouse. Blessé
il a abandonné la veille. Il leur souhaite bonne chance et part en 4/4 en leur lançant « je vous prépare la tente… je préférerai être avec vous… ». Nous sommes tristes pour lui. Pour
elle aussi.
Comme chaque jour, je prends soin de vérifier et ranger mon sac pendant de longues minutes. Sérieux, méticuleux,
maniaque, toqué… c’est comme vous voulez.
Je traîne un peu, comme je le fais dans la vie. Je sais qu’au départ je serai là et me donnerai à 100%. Comme dans ma vie.
Et pourtant je serai parmi les premiers sur la ligne de départ (cf article humeurs de course : 10km avec Yohann Diniz au semi de Beaune).
Beaucoup arrivent… à reculons. Chose
rarissime, patrick Bauer du haut de son 4/4 est obligé de hausser le ton afin que l’ensemble du peloton soit aligné sur la ligne de départ.
Nous prendrons ½ heure de retard pour cause… d’appréhension des coureurs.
Pas de miracle, la distance est bien confirmée : 91km… mais de la magie : Les plaintes des coureurs s’évaporent avec la chaleur pour laisser place aux applaudissements… Il faut dire Patrick nous a bien vendu son étape : elle devient mythique. Jamais en 25 ans une étape n’aura été aussi longue… et nous sommes au départ ! Reste juste à être à l’arrivée…
C’est étrange mais une fois au milieu de ce
peloton, je ne doutais plus de l’issue de cette journée. Avec du recul, il fallait être très fort dans sa tête pour le penser… ou inconscient. Mais l’inconscience au MDS se paye cash… A 9h30,
nous nous élançons. Sauf les 50 premiers du classement général, qui partiront à midi. Ces 2 vagues successives permettent à l’organisation d’éviter
d’avoir un trop long peloton à contrôler. Elles sont aussi l’occasion pour les anonymes de voir pour la 1ère fois les premiers courir lorsqu’ils vont les doubler…
Le haut parleur diffuse en musique de fond un air d’ACDC.
Dans les airs l’hélicoptère fond sur le peloton.
Cela peut surprendre, mais tout ce bruit fait du bien. Le silence ce sera pour le reste de cette journée de course qui durera 8 à 10h pour les premiers. La moyenne sera entre 16 et 25h… et les derniers, qui auront dormi sur le chemin arriveront le lendemain après 37h. Pour nous ce sera 16h.
Cette étape a paradoxalement fait très peu d’abandons (25) mais cela n’a rien d étonnant. Chaque année
la « Longue » est si crainte par les concurrents qu’ils l’abordent avec beaucoup d’humilité et restent « en dedans » pour être certains d’arriver au bout. Cette année, avec 15
à 20km supplémentaires aux MDS passés, la « Longue » revêt une autre dimension encore, et ses acteurs, qui en ont eu peur ont eux aussi fait preuve d’une sagesse exceptionnelle en
« prenant leur temps ».
Nous serons surpris dès les premiers kilomètres par des paysages parfois verdoyants. Nous sommes bien dans le désert, mais les pluies fréquentes de ce début d’année ont permis à quelques fleurs et herbes de sortir du sable…
Au bout d’une heure je vois quelques palmiers. C’est la 1ère zone d’ombre de nos 3 premiers jours de course.
Il faut dire que le parcours évitant soigneusement les oueds en crues, nous ne croiserons que peu d’arbres et aucun village sur notre chemin. Parfois nous croisions des gamins, des familles, à
pieds et venues d’on ne sait où… sourires, applaudissements mutuels, petite tape dans la main… ces rares rencontres faisaient chaud au cœur.
Nous arrivons au CP1 assez rapidement. Peu après, dans une zone montagneuse, un robuste australien se joint à nous, et pour longtemps. Adam, le dossard
707. Comme beaucoup d’anglo-saxons il avait ces espèces de sacs plastiques en guise de guêtres. Rouges. Nous les frenchies, on ne peut pas comprendre… Il était souriant, volontaire et très…
grand. D’ailleurs il faisait bon être derrière lui quand il prenait son relais. Un sacré coupe vent cet Adam. Manque de bol je prenais souvent les relais à ses côtés.
Entre le CP1 et le CP2 nous resterons en rang serrés car le vent de face est violent. On se dit à ce moment là qu’on ne va pas faire que rigoler aujourd’hui…
Au CP3 après 36km et le vent dans le nez nous nous arrêtons manger nos lyophilisés. Il fait chaud et je déguste mon taboulé frais. Des objets et de l’alimentation trainent par terre. La concurrente irlandaise qui était à côté de nous est distraite. Elle les a oubliés. Abilio se charge de ces centaines de grammes supplémentaires et nous repartons.
Nous sommes doublés en l’espace d’un quart d’heure par 7 ou 8 concurrents de la seconde vague. Scotchés. Impressionnant…
Quelques km plus tard nous rattrapons l’Irlandaise. Elle s’était délestée volontairement… Bibi la rechargera. Non mais !
C’est alors que nous doublons valérie. Esseulée, sans son Brahim. Nos encouragements l’inciteront à nous
suivre. Elle s’accrochera dans un premier temps avant de s’intégrer totalement à notre groupe. Un modèle de volonté et de bravoure sur une étape où il en fallait. Elle aurait sans aucun doute
préféré effectuer ces 91 km avec son blessé de mari, mais je ne doute pas qu’elle gardera un magnifique souvenir de cette étape à nos côté.
Nous passons quelques dunes de sable. A cet instant valérie n’est pas bien.
Elle a perdu du terrain alors que nous passons en mode « train ». L’un de nous stoppe pour faire un besoin urgent. On ralenti. En me retournant j’aperçois val qui s’arrache pour
revenir. Je n’ai pas envie qu’elle se fasse mal pour rien et demande aux autres de s’arrêter. On l’attendra en marchant. Elle ira beaucoup mieux par la suite…
Nous arrivons au CP4. 50km de parcourus.
Il ne nous reste plus qu’un marathon…
Nous sommes au 56ème km quand la grosse ascension de la journée se présente à nous. Un Jebel qui se grimpe en appuyant les mains sur ses cuisses, parfois même à 4 pattes sur les parties les plus instables. On ne peut ni courir, ni marcher. Juste grimper. Alors il faudra des dizaines de minutes pour gravir ces petites centaines de mètres.
C’est ça une étape de 91 km au MDS… On courait entre 8 et 10 km/h ; Les parties marche se faisaient entre 5,5 et 6,5 km/h, mais les ascensions, les dunes, les vents forts, les arrêts aux CP pour remplir nos bidons et manger font tomber ce qui est finalement une belle moyenne horaire au final puisque nous serons à plus de 6,5km/h.
Au sommet, un petit groupe se forme. La vue y est belle. Il y là guillaume Marchaut des « papillons de Charcot », et puis Touda Didi, qui a rattrapé ses 2h30 de retard sur nous alors
que nous sommes au 56ème km… Impressionnant petit bout de femme. La nuit tombe et il va falloir accrocher au dos de nos sacs les petits bâtons lumineux verts. Ils permettent de voir le ou les
concurrents positionnés devant nous la nuit. J’accroche celui de Touda et j’en suis fier ! Mais ça ne m’a pas aidé à la suivre par la suite…
Au CP5, kilomètre 64, il est temps de se
poser pour manger. Après discussion, c’est une demi-heure de répit que nous nous accordons pour savourer le repas qui doit nous permettre de boucler l’étape. Ce repas m’aura fait le plus grand
bien.
Les 15km qui nous mèneront au CP6, je ne
m’en souviens plus très bien. Il faisait nuit. Il y aura quelques petites ascensions rocailleuses, rien de méchant, mais à cette heure là ça use… Le rayon laser projetté depuis le CP6 nous guide,
si près et si loin à la fois.
Au CP6, Valérie ne s’arrête pas. Elle préfère partir devant en marchant pour que nous la récupérions plus tard. Nous ne la reverrons que le lendemain matin. Elle bouclera cette étape quelques minutes avant nous. Brahim peut-être fier.
Moi je ne m’arrête pas longtemps au contraire des 5 oranges. Je sais qu’ils me rejoindront plus tard. Il est 23h et les 12 derniers km dans cette nuit noire
seront pénibles.
Les minutes passent et personne ne revient derrière. Je récupère un grand type. Je le lâche. Un peu plus tard je récupère Alain. Nous nous connaissons depuis l’hôtel. Il n’est pas très bien alors
je l’encourage à me suivre un peu. On alterne course et marche. On discute de la Trans’Aq qu’il a déjà effectuée. Alain me demande de continuer seul, il a mal au dos et a du mal à suivre. Je le
laisse à son rythme.
Je suis bien, il fait frais. Et toujours pas d’Oranges…
Je n’ai plus de bâtons lumineux d’autres coureurs en point de mire, pas plus en me retournant.
Seules les balises phosphorescentes vertes disposées par les pistards le long du parcours permettent de ne pas se perdre.
Je suis seul au milieu du désert. Dans le noir. Même pas peur ! C’est même grisant et ça me porte… . Ma lampe frontale m’évite de trébucher sur une fin de parcours riche en caillasses… il est difficile d’admirer le ciel étoilé tant je me concentre sur mes pieds.
Des petites loupiotes loin derrière se
croisaient.
Et puis la chanson fut. Un air que je connais. IlS arrivent… Quelques centaines de mètres plus loin la jonction se fait. J’apprends qu’il leur a fallu composer avec les
problèmes intestinaux de Jérôme depuis le CP6. Quelle équipe ! Il ne reste que 2 ou 3 km avant l’arrivée. On aperçoit un groupe d’une dizaine de lumières à 200m derrière nous. Olivier notre
stratège ne veut pas perdre 10 places…Comme il y a encore un peu de place pour la compétition dans nos jambes et un brin de lucidité dans nos cerveaux fatigués, on accélère une dernière fois sous
son impulsion.
Il ne reste que quelques centaines de mètres...
Après 16h d'une journée gérée du début à la fin. Il est 1h du matin.
Nous irons vite nous coucher. Rapidement
endormis aussi
Les arrivées continueront toute la nuit, et le lendemain toute la journée jusqu’au soir où les 2 derniers seront fêtés comme il se doit.
Mes premières larmes de ce MDS ont coulé en voyant Osman et son fabuleux sourire accueilli comme un héros par
les coureurs, le staff et les médias. Et que dire de Dietrich, le dos plié, massacré par le poids de son sac... Tous 2 avaient pris le départ il y a plus de 35h!
Deux scène si humaines après une journée sans doute inhumaine pour beaucoup.
Cette folle journée aura été fatale à Lahcen Ahansal, 10 fois vainqueur du MDS, qui abandonnera dès le 50ème km. Un autre favori, Jorge Aubeso, vice champion du monde du 100km va sombrer et finir en … 25h. Faisant fi de son égo, ce champion sympathique au possible terminera au milieu des anonymes. Touda Didi, 1ère femme et le petit frère de Lahcen, Mohamad A hansal, vainqueur chez les hommes, diront à la remise des prix que ce fut leur plus dur MDS… Cette étape n’y était certainement pas étrangère...
Et on y était… Lolo, bibi, steph, le vieux, olive,
gégé, eddy et les autres… on y était. Au bout…
Voici ci-dessous un extrait de texte écrit par Marc Louboutin pour JOGGING International. Il évoque la difficulté pour beaucoup à rallier cette arrivée lors de l'étape de 91km. J'ai eu la
chance de ne pas être dans cette extrémité physique et psychologique. Je sais que cela peut arriver à tout le monde, mêmes les plus aguerris ou les plus entrainés. Au MDS le moindre grain de
sable peut se transformer en montagne:
3ème étape vue par Marc Louboutin pour JOGGING International
Extrait:
"... Courir tant que c’est possible, puis alterner marche et course et parfois ne plus pouvoir qu’avancer avec
difficulté un pied devant l’autre, dans la froideur de la nuit, sont le lot du plus grand nombre.
Le vent est terrible, il semble toujours de face, et lorsque la nuit tombe il fait littéralement frissonner de manière irrépressible les concurrents.
La nuit, il n’y a plus de course qui compte. Il faut arriver, coûte que coûte. Aux détours de la piste, au hasard des rencontres sous les tentes des points de contrôle, il n’y a plus que des
hommes et des femmes rendus solidaires par l’effort. Ils se réconfortent, partagent leur repas sommaire, s’aident à remettre les sacs sur les épaules ou à fixer les bâtons lumineux de manière
visible.
Une communauté naît au fil des heures et des kilomètres, des amitiés se nouent dans la douleur et parfois la désespérance. De larmes jaillissent parfois devant de parfaits inconnus qui
comprennent et réconfortent pour éviter les leurs.
La nuit semble sans fin, sans fond, le laser qui marque l’avant dernier check point si proche et pourtant jamais à portée au fil des pas.
On pourrait penser à une armée en déroute à les voir trébucher à la maigre lumière de leurs lampes, à les entendre traîner les pieds. Mais aucun de ceux qui sont sur la piste dans la nuit
glacée ou au petit matin ne sont dans la défaite. Chacun sort vainqueur de cette étape qui fût à la fois magnifique et terrible.
Ils ont, tous réussi à franchir les montagnes, les grandes étendues blanches encore souples de la pluie des derniers jours, les plateaux parsemés de cailloux les ont fait trébuché, et même les
dunes leur ont présentées leurs faces les plus abruptes.
Ils sont là, ils arrivent, éblouis, hallucinés par les lumières de leurs frontales, sous la banderole d’arrivée, ou le soleil du matin les découpant en silhouettes immenses sur le sol
empierré.
Certains ont même connu deux fois la chaleur du zénith sur leurs crânes avant de rejoindre le bivouac et le dernier n’arrivera que durant la deuxième nuit.
De tous ceux là, aucun n’a battu le désert. Et si la victoire sur eux même peut sembler dérisoire à qui n’a pas connu la plénitude d’une telle expérience de dépassement de soi, eux, savent, tous,
le caractère unique de cette expérience dans leur vie.
Plus que jamais ils rentreront marqué à vie de cette étape longue, qui sans doute, et déjà une légendaire pour la longue histoire du Marathon des Sables..."
Etape 2 - Erg Znaïgui/Erg Znaïgui : 36 km
Mardi 31 mars
2009
température à 08h45 : 16 degrés et 38% d'hygrométrie
température à 10h30 : 21 degrés et 37% d'hygrométrie
température à 12h00 : 24 degrés et 18% d'hygrométrie
Cliquez pour voir toutes les photos de la 2ème-etape sur ce blog
Suite aux pluies l’organisation était dans l’impossibilité de déménager le bivouac ce jour là. La
solution : une boucle a été imaginée la veille.
Il est à peine 6 heures. La nuit a été froide. J'ai la sensation de ne pas avoir dormi du
tout...
Le même sentiment est partagé par beaucoup. La faute à ce vent froid qui a fouetté de part en part le bivouac.
J'ai tenté de dormir en caleçon, avant de me résigner à enfiler ma combinaison tyvek. En revanche je suis satisfait de mon confort. Le duvet à même le sol a été suffisant. Le petit bout de mousse
réconfortant le haut du dos, plus fragile. Mon petit coussin gonflable, lui, fait des envieux...
Les minutes s'égrainent doucement avant que nous envisagions le petit déjeuner. Il faut rallumer un feu. Et cette tâche commune, je ne m'y suis jamais vraiment intéressé... Par
miracle le feu était là quand j'en avais besoin! Je me servais de l'eau chaude dans une casserole... j'achetais cette tâche avec des morceaux de mini saucissons d'un bon
centimètre par personne tout de même!... Un équilibre entre le donné et le reçu, c'est la solidarité du MDS.
Mes petits déjeuners tournaient autour d'un thé, d'un müesli au chocolat lyophilisé et une barre d'ovomaltine puis un café. Un comprimé de supradyn dans un fond de bouteille d'eau donne un jus
d'orange vitaminé très correct! Un comprimé de bion et hop... c'est reparti pour un départ.
Les coureurs ont froid ce matin. Je ne le ressent pas trop. Le
vent sans doute.
Après avoir entraperçu Stéphane partir avec les cadors, nous mettons en place une
formation à 6 pour nous protéger du vent. Deux par deux, en trois rangées. Chacun laissant son suivant prendre le relais. Le premier passant en dernière position. Une méthode pratiquée dans le
vélo mais qui a été très efficace également dans notre cas. Cela nous a valu le surnom de « petit train » durant le MDS par de nombreux coureurs. Parfois certains venaient en profiter
de cette aubaine quelques centaines de mètres ou quelques kilomètres. Ils jouaient le jeu du relais, toujours, sauf une fois durant "la Longue"... Abilio lui fera comprendre assez vite que les
efforts ça se partage. Il continuera seul. Preuve en est encore une fois que courir peut être un sport collectif.
Le peloton souffre et s'étire très rapidement sur plusieurs kilomètres au pied du spectaculaire Jebel El
Begra après seulement 7km de course... Son ascension va éparpiller le peloton. D’autant que derrière ce sont quelques petites dunes et des herbes sèches qui nous attendent. Cette étape a été pour
beaucoup épuisante. Non pas pour sa distance, mais du fait de ses immenses lignes droites qui usent le moral et des côtes qui usent le physique, le tout avec vent de face. Nous arrivons au CP1 après 14 km.
Ensuite, et jusqu’au CP2 le "train" déraillera à plusieurs reprises. L’équipe
reste soudée mais plus « décousue »… chacun ayant son petit coup de pompe… Arrivés au CP2 après 25km de course, nous allons attaquer une piste de 8km…
Je ne m’arrête pas car pressé d’en finir. Mes 5 picards ne reviennent pas sur moi. Je ralenti à
plusieurs reprises. Il faudra plusieurs km avant qu’ils arrivent. L’un d’entre eux a des problèmes gastriques. Il n’est pas le seul du peloton apparemment.
Au 33ème kilomètre nous attaquons les 3 derniers km. De la dune. Mais
tellement ravis d’en avoir terminé avec ces lignes droites. On croque dans le sable, et, du haut de la dernière dune, nous nous jetons sur cet immense échiquier noir et blanc qu’est le
bivouac…
Nous arrivons en chantant à la 245ème place, passons faire le plein d'eau et gagnons notre tente. Au programme de l'après-midi : repos et encore repos... (Après un petit taboulé
bien frais...)
Et ce soir là nous nous coucherons tôt. Très tôt. D’autant que la rumeur qui va enfler tout l’après midi va
se vérifier avant la nuit : la « Longue » de demain fera 91km… Du jamais vu en 25 ans de MDS ! Et c’est pour nous. A 7 on
relativise vite. On en rigole, un peu. On pleurera demain...
Et puis stéphane nous montre ses pieds. Il est dans les 70 premiers au général. C’est beau. Mais ses pieds sont certainement dans le Top 10 des plus abîmés. C’est moche. Il a le moral. Il décide
que demain il partira tranquille. Mais Stéphane est un cas… le lendemain il franchira le 1er CP en tête de la course, devant les 800 concurrents… un fou parmi les dingues!
Et avant de mal dormir, je mange bien. Un hachis parmentier et des pâtes carbonara, un yaourt, lui aussi lyophilisé. Le tout arrosé de tisane. Le coucher de soleil sera une fois encore magnifique
et à lui seul répond à LA question du moment "pourquoi suis-je là?"
A suivre
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