Jeudi 14 mai 2009 4 14 /05 /Mai /2009 06:48

Vendredi 3 avril 2009 - Etape 4 - Aferdou Nsooualhine/Tizin Ighrs : 42,2 km
température à 9h45 : 21,4  degrés et 29,6% d'hygrométrie
température à 12h00 : 29 degrés et 16,5% d'hygrométrie


Benazzi au départ


Cela fait 3 mois que je l'ai disputée cette étape... Déjà!
Mais j'ai choisi de remplacer "ça fait 3 mois que c'est terminé..." par  "moins de 10 mois avant de remettre ça!". Si l'on pouvait penser comme ça tous les jours, se dire que tout est un début, jamais une fin... La pensée positive est un élément essentiel dans la vie comme dans la course de fond: se dire "...il n'y a plus que..." et non "...je n'ai fait que..."

En réalité j'ai beaucoup plus réfléchi à la raison qui m'empêchait de prendre le temps de raconter cette étape qu'à essayer de l'écrire...
Y-aurait-il une raison d'ordre psy Docteur Véro? 
Cette 4ème étape, elle clôturait la course.
Tout comme son récit.
Elle marquait le fin d'une belle aventure.
Et après?... Mon blog, le bien nommé "Ma préparation au MDS 2009" n'avait plus raison d'être... Le blanc, le vide, le néant...

Ne pas écrire ce 4ème volet (ou le perdre...) c'était sans doute refuser le retour et garder un pied là bas. C'était laisser une porte ouverte à autre chose sur le blog...

Alors ce soir vendredi 29 juin je me fais violence et je me lance.

Pour commencer, certains doivent se demander à quoi correspond ce taux d'hygrométrie qui apparaît au début de chaque résumé d'étape. A croire qu'il est aussi important que la température...
Et bien oui, d'une certaine façon, car il influe directement sur la sensation de chaleur. Je m'explique:
Les humains (et les animaux à sang chaud) contrôlent la température de leur corps avec leur transpiration. Quand ils ont trop chaud, l'évaporation de la sueur entraîne un refroidissement ce qui rafraîchit la peau. L'humidité de l'air ambiant va influer l'évaporation de la sueur, et donc sur le refroidissement du corps. Un taux d'humidité trop faible va accroître le refroidissement et amplifier la sensation de froid, tandis qu'un taux d'humidité trop important va limiter le refroidissement et donc amplifier la sensation de chaleur.

Voilà pourquoi cette dernière étape courrue à moins de 30° s'est avérée bouillante... Le taux d'hygrométrie ne permettant pas une bonne évaporation.

La "Longue" a fait des dégats. Les pieds, les corps parfois, sont en très mauvais état. Mais un bon moral a l'air de planer au dessus du peloton. Il ne reste que 42km, et c'est une distance que beaucoup connaissent. Juste un marathon. Les coureurs arrivent peu à peu sur la ligne de départ. La bonne humeur, comme d'habitude, est là.


 



Une tête domine les autres sur la ligne départ. C'est celle d'Abdelatif Benazzi. L'ancien capitaine courage de l'équipe de France de rugby va courir pour son association "Noor" ("lumière" en arabe) qui aide à la scolarisation des enfants au sud du Maroc.  Chaque kilomètre parcouru doit lui permettre  de récolter des fonds. S'il arrive au bout ce sera au moins une école entière qui sera construite. Invité à effectuer la dernière étape d'une vingtaine de km qui a été annulée, il se contentera... du double. Ce sera contre son gré son premier marathon. Mais un rugbyman n'est pas un footballeur. Il va aller au combat. Et pour faire disparaitre cette pression, il va se lancer dans un haka mémorable.



 



Le départ est donné. Le rythme est plus soutenu que lors des précédents départs.

Très rapidement nous entamons la 1ère ascension. Le peloton est en file "indienne", une fourmilière géante se dessine et cela fait seulement 3 km que nous sommes partis. Les écarts ne sont pas encore là.


Un second djebel arrive un peu après. Nous nous demandons alors à quelle sauce cette étape va nous manger... Les descentes sont dangereuses, les cailloux deviennent des rochers et chaque pas est réfléchi...

 

Petit plaisir perso: Collants noir et casquettes blanches, stephane est derrière moi pour la 1ère fois depuis le départ du MDS... Sa sagesse durera quelques minutes encore.

Le parcours est valloné, infini, lumineux, simplement superbe...


 

Comment ne pas s'arrêter à l'un de ces sommets, ou aux deux d'ailleurs, pour prendre un cliché? Il ne devait y avoir que les 3 premiers du général pour ne pas s'attarder à cela...
Oublier de "voir" sur une étape pareille c'est passer à côté de sa course... Ca n'est pas possible...















Nous arrivons au CP1, kilomètre 11,5 en 1h26 tranquillement et ... en chantant.



Là un type multiplie les photos de ma personne. Tiens?!! porqué mi?
Il m'explique qu'il travaille en Freelance et qu'il prend des photos pour le Bien Public. Ca doit-être un piètre photographe vu le nombre de photos prises sans aucune parution dans le BP au final... A moins que le journal n'y ai pas montré d'intérêt? J'avais de l'allure pourtant avec mon doudou grenouille écrabouillé sur la casquette...

Nous repartons après qu'olivier ai terminé sa chansonnette, une petite côte nous fait glisser sur un tout autre paysage: de la petite dunette de sable à perte de vue. Ce sera 6 ou 7 km usants car nous sommes en relance constante sur un terrain évidemment mou... Zigzagant entre les herbes sèches, parfois vertes.

Nous arrivons au CP2 après une énième petite ascension, kilomètre 18,9, en 2h30 tout pile...
Nous bouclons le premier semi assez délicat en 2h45', le second sera magnifique, et plutôt "roulant" Il nous faudra 2h25' pour le terminer...
A une dizaine de kilomètres de l'arrivée il nous faudra traverser un petit oued. Ces quelques centimètres d'eau sont un merveilleux clin d'oeil de l'organisation qui a su composer avec les crues au jour le jour pour nous faire traverser des paysages arides.















Encore une pastille de sel... la der! Il est temps ... J'ai consommé peu de gels énergétiques sur l'ensemble du MDS; Le reste du temps ce fut barres, pastilles de sel, boissons énergétiques ... Du coup le classique écoeurement du sucré à la fin d'un marathon n'a pas eu lieu ici, ce serait plutôt l'inverse...


Un petit hommage  à mon ami karim qui boucle son MDS tranquillement.

Après une dernière grimpette le sommet propose une vue exceptionnelle... L'arrivée est au bout d'une longue ligne droite de 3 ou 4 km? On ne sait plus, le cerveau ne calcule plus en kilomètre depuis bien longtemps. On me demande souvent s'il y a des indications métriques au sol sur les étapes au MDS. La réponse est non, hormis les repères sur le road-book qu'il faut décripter, et c'est bien mieux ainsi! Seuls Ceux qui ont emmené une montre gps sont capables de déterminer précisemment leur avançée. Les gps passent! les téléphones portables parfois aussi... Je sais c'est étonnant mais c'est du vécu sur les 2 premières étapes. D'ailleurs j'ai fait vivre en live à Heïdi le décompte du départ lors de la 1ère en l'appelant au beau milieu d'un no man's land...




Nous nous lançons dans une descente assez technique, mais qu'importe, il est trop tard pour réfléchir à la position de ses pieds sur les cailloux.
Je préfère laisser mes 5 compères et prend quelques centaines de mètres d'avance. Pour la 1ère fois depuis le départ de ce Marathon des Sables je n'arriverai pas dans la même seconde qu'eux... Je décide de les laisser partager ce moment qu'ils préparent depuis maintenant 2 ans... Cette minute prise sur eux me permettra de vivre leur arrivée, un joli moment, mains dans la main, toujours en chantant...

Quand à mon arrivée, juste avant, elle aura été bizarre... Aspiré par la ligne, accueilli par Patrick Bauer, j'aurai droit à son accolade, le temps de lui dire que parfois, durant mon entrainement pendant ces mois de préparation, il m'était arrivé de pleurer en imaginant mon arrivée à ce MDS... Et là, rien, moi qui suit un as de l'émotion, nada...
Après 5h10' de course, les 42,2km avalés, je cherche Heïdi, censée être à mon arrivée. Personne.

L'arrivée des pompiers de Paris et des 3 enfants en musique fut un grand moment. Celle de Benazzi venu à bout de son 1er marathon en 7h07' également. Entre sport et partage, l'émotion qu'il dégage à son arrivée est belle. Ses larmes de bonheur mêlent sport, partage, douleur... Abdelatif est fier... Fier pour lui, pour tous ceux qui ont terminé ce MDS et surtout pour les enfants Marocains.

J'enlève une dernière fois mes chaussettes couleur sable. Comme une seconde peau, un peu fatiguées, elles ont du mal à me quitter
























Adios aux elasthoplastes qui nous protègent depuis maintenant 5 jours. La sueur et le temps n'ont pas altéré leur tenue. Un léger frottement dès le 1er jour m'avais conduis à couvrir les épaules en plus des omoplates.L' élasthoplaste était aussi présent sur la partie basse de mon dos (frottements du sac à dos) et sur mes tétons (frottements du maillot).

Pendant ce temps Heïdi me cherche à l'arrivée. Nous nous retrouverons.


Et puis voilà, mon Marathon des Sables est terminé.
Le récit de la 4ème étape bouclé-baclé.
Le prochain est déjà là, en train de me chatouiller les doigts de pieds... Les sensations, 3 mois après, sont encore présentes, mais difficilement racontables. Il faut y retourner.
Pour mieux raconter...
Par cyaume - Publié dans : MDS 2009 MA COURSE - Communauté : Marathon des Sables
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